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03 Sep

J’ai rencontré plus escroc que moi

Je me prénomme Stéphane. Je suis vendeur de téléphones portables importés au Black Market d'Adjamé. Les débuts étaient très difficiles mais à force de persévérance, de détermination et surtout de roublardise, j'ai réussi à me faire une place dans cette "jungle" en ouvrant mon propre magasin.

En juillet dernier, j'ai reçu la visite d'un client. Dès qu'il a poussé les portes de mon magasin et que j'ai vu son accoutrement, j'avoue que j'ai pouffé de rire. « Voilà un gaou que je vais mal couper », me suis-je dit intérieurement. Après les salutations, dans un français approximatif, le client m'a dévoilé le but de sa visite. Il venait de Daloa où il exerce en qualité de revendeur de téléphones portables. Il m'a expliqué qu'une riche commerçante de la cité des Antilopes avait une importante commande de portables.

Ne pouvant satisfaire cette grosse commande, il est venu à Abidjan pour ça. Evidemment, j'étais très heureux, rien qu'à l'idée de le "taxer" fortement. Mais mon enthousiasme a été quelques peu tempéré, lorsque Guillaume, c'est son prénom, m'a expliqué qu'il ne disposait pas de liquidité. Il souhaiterait donc que je l'accompagne à Daloa avec la marchandise. Et une fois là-bas, nous rencontrerons ensemble, la cliente. Je me ferais passer pour son associé à Abidjan et lui conclura l'affaire au prix que je lui aurais communiqué auquel il ajouterait bien sûr sa marge.

J'étais un peu réticent au début, mais les 500.000 francs que je pourrais me faire dans cette affaire m'ont poussé à prendre le risque. Mon voisin de marché aussi m'a encouragé dans ce qu'il considérait comme une bonne affaire. Surtout que j'allais assurément prendre quelques portables avec lui. Comme nous avons d'ailleurs l'habitude de le faire.

Pour me rassurer, Guillaume m'a conduit au domicile de son cousin, gérant d'un maquis très réputé à Cocody 2 Plateaux. Et le lendemain, nous avons pris la route pour Daloa. Durant tout le trajet, Guillaume m'a fait marrer car il avait beaucoup d'humour. Nous sommes arrivés à Daloa en début d'après-midi. Et lorsque nous avons appelé la cliente, celle-ci nous a informés qu'elle était en déplacement dans un village.

Pour se faire pardonner pour le rendez-vous manqué, elle m'a demandé quel est mon plat préféré. « Foutou banane avec sauce arachide », ai-je répondu avec plaisir. Avec mon accord, mon nouveau compagnon a réservé une chambre dans un hôtel où nous avons gardé les téléphones. Il m'a ensuite proposé une visite guidée de la ville.

Pendant des heures, nous nous sommes baladés et avions fait le tour de quelques maquis. Guillaume semblait aimer la fête et promettait tomber certaines serveuses une fois l'affaire conclue. Moi, j'étais plutôt soucieux pour mes téléphones portables restés dans la chambre d'hôtel. Instinct de "doubleur" ou pas, je pressentais un coup fourré.

J'ai aussitôt demandé à Guillaume de regagner l'hôtel. Chemin faisant, j'imaginais un tas de choses. Des idées noires se bousculaient dans ma tête. A l'hôtel, lorsque Guillaume a glissé les clés dans la serrure, mon cœur s'est mis à battre très fort. La porte à peine ouverte, je me suis empressé de vérifier que la marchandise était en place. Elle était bien là, intacte.

Plus tard, Guillaume m'a informé que la cliente venait d'appeler pour le prévenir qu'elle venait chercher la marchandise à l'hôtel avec le fameux plat de foutou. Quelques instants plus tard, elle frappe à la porte. Une femme dont la beauté ne me laisse pas indifférent. Le sourire qu'elle me lance trouble ma sérénité. En véritable femme d'affaires, après les civilités et les excuses renouvelées pour le retard, Elodie (c'est son nom) demande à conclure rapidement l'affaire. La facilité avec laquelle elle a accepté le prix m'a quelque peu surpris.

De son sac, elle a retiré des liasses de billets de banque, qu'elle s'est mise à compter. Son décompte était loin des 2,5 millions. Elle a proposé alors de nous signer un chèque. Comme s'il avait lu dans mes pensées, Guillaume a été le premier à s'y opposer. Il voulait du cash. Elodie nous a donc demandé de patienter le temps que son chauffeur vienne avec le complément d'argent. En attendant, elle nous a proposé de déguster le plat. Nous nous y sommes mis à trois, elle y compris, pour venir à bout de ce délicieux repas.

Comme boisson, notre bienfaitrice nous a offert du Bissap fait maison. J'étais content. Mais à peine avais-je ingurgité quelques gorgées que mes paupières ont commencé à s'alourdir.

A mon réveil, il était minuit passé et j'étais tout seul dans la chambre d'hôtel. Point de Guillaume ni d'Élodie. Bien entendu, mes téléphones s'étaient volatilisés. Lorsque je me suis renseigné auprès du gérant d'hôtel, il m'a appris que les deux escrocs avaient décampé en lui expliquant qu'ils avaient reçu un appel urgent. Mon premier réflexe a été d'informer mes collègues restés à Abidjan et leur recommander de tout faire pour mettre la main sur le cousin de Guillaume.

Je me suis rendu au commissariat de Daloa pour porter plainte et le lendemain, je suis rentré sur Abidjan puisque je n'avais que de quoi payer le transport retour. En plus, je ne connaissais personne dans cette ville. Mon seul espoir pour éviter de me retrouver en prison reposait désormais sur le cousin de Guillaume. J'étais convaincu que mes collègues "blackistes" ne croiraient jamais à ce qui m'était arrivé. Parce que dans notre milieu, nous sommes tous prêts à tout pour "doubler" même nos plus proches collaborateurs.

Arrêté et interrogé par la police judiciaire, le cousin de Guillaume a expliqué que depuis trois ans, il n'avait plus de nouvelles de Guillaume. Jusqu'à ce qu'il arrive chez lui dans la semaine pour lui demander de l'héberger, le temps qu'il conclut une affaire. Il a néanmoins accepté de nous accompagner dans leur village. Accompagnés d'éléments de la police de Daloa, nous nous sommes rendus dans ledit village. Là-bas, les villageois nous ont expliqué que, très actif sur le plan politique pendant la crise post-électorale, Guillaume a dû fuir le village, abandonnant femme et enfants, pour ne pas être arrêté.

En clair, personne ne pouvait le localiser. Cette révélation m'a assommé. Mon dernier espoir de mettre la main sur l'escroc s'était ainsi volatilisé. A mon retour à Abidjan, mes partenaires et fournisseurs, m'attendaient de pieds fermes.

Pendant que certains m'accusaient de les avoir arnaqués et menaçaient de me jeter en prison, d'autres plus compréhensifs m'ont accordé un remboursement par échelonnement. Il fallait l'intervention des "vieux pères" pour que les plus difficiles reviennent à la raison. A présent, je suis en train de rembourser petit à petit.

 

Source : Allo Police

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